Le sourire de Roger Hodgson, compositeur et cheville ouvrière du groupe Supertramp, sied à merveille avec cette chanson qui nous invite à… rêver !
Le Wurlitzer
C’est en 1974, à l’âge de 19 ans que cette chanson a écrite, alors que Roger posait pour la première fois ses doigts sur un piano électrique Wurlitzer.
Cet instrument unique, fait de marteaux frappant de petites anches de métal couplés à une installation électronique, est un élément caractéristique du groupe londonien Supertramp. Ces introductions sur ce piano sont reconnaissables immédiatement.
La chanson de 2024 Die With A Smile montre Lady Gaga jouant sur un Wurlitzer.

Ce son électrique, bavant légèrement en distortion, fournit une introduction entrainante, ainsi que l’ensemble de la première partie de la chanson, entièrement supportée par le jeu en croches.
Des verres qui chantent
Un autre instrument insolite, qu’on voit bien sur le clip, c’est le verrillon (ou glass harp en français). De belles tenues cristallines dans les aigus, en frottant le bord d’un verre (à chaque verre sa note).
Chacun s’est probablement déjà amusé à faire chanter le cristal d’un verre à vin, et cet instrument existe !
Couplés aux chœurs aigus et harmonieux, le verrillon apporte une petite touche céleste.
Cycle des quartes
La composition de ce chant est assez originale. Ce cycle montant est plus inhabituel (on parle de cycle des quintes). Mais ça marche aussi dans l’autre sens, on peut remonter les quintes dans l’autre sens, et ça donne des des quartes. (Magique : une quinte + une quarte égalent toujours une octave !)

De la tonalité de ré (et sa dominante la), on monte de deux quartes, pour arriver à do, puis encore une, pour arriver à fa. La résolution vers la tonalité de base (ré) se fait à nouveau par une cadence parfaite passant par la dominante la.
D [G, sauté] C F (A)

Bien des parties subtiles
Un peu à la manière de Bohemian Rhapsody de Queen, la chanson compte plusieurs parties différentes. La partie centrale est particulièrement géniale (avec ses ba-ba-ba-baaa et le dialogue entre les 2 chanteurs).
C’est une pratique qu’on n’observe plus beaucoup dans la pop d’aujourd’hui, qui cherche souvent l’efficacité, en allant « droit au but ».
Cette chanson séduit par sa structure, et compte parmi les morceaux préférés du compositeur du groupe britannique.
Oser rêver
Le texte de la chanson est un dialogue intérieur. C’est comme s’il y avait en nous deux voix : l’optimiste, rêveuse, pleine d’ambition, et la pessimiste, défaitiste et découragée.
Parcourons dans l’ordre ce texte original, fait pour redonner à chacun l’envie de rêver.
1. Premier couplet
Dreamer, you know you are a dreamer
Well, can you put your hands in your head? “Oh no!”Rêveur, tu sais que tu est un rêveur Ne peux-tu pas seulement prendre ta tête dans les mains et dire « oh non ! »
C’est peut-être le message qui vient nous assaillir de temps en temps. Tout ce que tu fais n’est que poursuite du vent. Laisse tomber !
2. Premier refrain
La tonalité change complètement ! La brillance des chœurs est comme une réponse criée par le deuxième personnage, l’optimiste :
Far out, what a day, a year, a life it is!
Dégage ! Quelle journée, quelle année, quelle vie se présente à moi !
C’est le pouvoir de la « pensée positive » qui essaie de reprendre le dessus.
3. Deuxième couplet, deuxième refrain
C’est le même schéma qui s’agite dans la tête. Une sorte de va-et-vient de découragement et de motivation. Cette fois-ci, portés par une rythmique simple, mais bien en place (basse et batterie).
4. Le pont
Cette partie centrale (qui contraste avec le reste de la chanson) donne le temps de rêver. Les paroles restent un dialogue entre Rick Davies, l’autre clavier du groupe, et Roger Hodgson. C’est la voix extérieure qui vient l’encourager à y croire !
Si seulement je pouvais voir quelque chose
Tu peux voir tout ce que tu veux, mon ami
*Si seulement je pouvais être quelqu’un**
Tu peux être tout ce que tu veux, mon ami
Si seulement je pouvais faire quelque chose
Tu peux faire tout ce que tu veux, mon ami
Et la fin du pont reprend dans un rythme crescendo :
Rêve, vas-y, rêve !
5. Et ça retombe…
Malheureusement, la chanson laisse son dernier mot… au défaitiste. Espérons que ce soit le cas le moins probable dans nos vies.
Dieu, la voix extérieure, qui encourage nos voix intérieures
La psychologie humaine est ainsi faite que nous oscillons entre découragement et optimisme. Bien des personnages dans la Bible en ont fait l’expérience.
Pensons à l’un des grands prophètes de l’Ancien Testament, nommé Élie. Tout motivé, il a su « rêver grand » en défiant les faux prophètes de son temps. Après avoir vécu des victoires impressionnantes grâce à son assurance, et surtout sa foi inébranlable en Dieu, (le récit dans la Bible se trouve en 1 Rois chapitre 18), le même prophète se trouve submergé par le désespoir, pourchassé, en exil, en étant réduit, comme Supertramp, à se prendre la tête entre les mains.
Mais voici que Dieu intervient :
L’Éternel lui dit: Va, reprends ton chemin par le désert jusqu’à Damas;
1 Rois 19.15
Et il va donner à Élie plusieurs sujets d’encouragements : un renouveau dans la direction du royaume impie, 7000 autres hommes fidèles, et un successeur dans son ministère, Élisée.
Quel encouragement cela a dû constituer pour Élie. Son Dieu connaissait ses découragements intérieurs et y a répondu puissamment. Et Dieu le fait toujours pour nous, nuit et jour.
Ainsi, continuons à rêver, en comptant sur la foi, sur l’espérance.
Dream, dream, dream, dream,
Dream along.
Comme le petit carillon dans Dreamer à la toute fin… le rêve continue !