Linkin Park vient de terminer sa tournée From Zero World Tour, qui a duré presque deux ans, pour se terminer à Zurich (j’y étais !). C’était la première tournée sans leur regretté chanteur Chester Bennington, décédé en 2017. Le débat reste entier parmi les fans pour savoir si Emily Armstrong remplace convenablement Chester (personnellement, je pense que oui !)
Pendant ce concert, j’ai redécouvert la chanson The Catalyst. Un titre simple, profond, lourd.
Menace nucléaire
La chanson de 4’43 met en avant la menace de guerre nucléaire à laquelle l’être humain est soumis. Premier extrait du quatrième album du groupe californien nommé A Thousand Suns, un album concept autour du thème de la guerre. Les « mille soleils » sont une référence à une phrase qu’Oppenheimer (le père de la bombe atomique) aurait citée d’un poème hindou :
Si l’éclat d’un millier de soleils devait irradier d’un seul et même endroit dans le ciel,
Cela ressemblerait à la splendeur de La Puissante.
Oppenheimer a décrit l’arme atomique comme aussi forte que ces mille soleils. De là à y voir un dieu, il n’y a qu’un pas.
Après une introduction aux orgues (un peu apocalyptiques, sans trop en faire non plus), le titre installe une rythmique rapide et omniprésente, en déployant une énergie répétitive, oppressante et croissante. Cela correspond très bien au début du texte : We’re a broken people living under loaded gun : on est tous sous la menace d’un pistolet qui serait déjà chargé, et croire qu’on pourrait y échapper est tout simplement impossible.
L’électronique au service des voix humaines
Ce titre assez électro est très humain : les voix sont au centre. Elles déclament, crient, répètent, soupirent parfois. Les paroles se répètent de nombreuses fois (avec quelques variantes), comme le tictac d’une bombe à retardement qui s’apprête à exploser.
L’aller-retour du texte entre Mike Shinoda et Chester Bennington ajoute à la dynamique du morceau, dont la grande partie se passe en ré mineur. De temps en temps, on crée une tension musicale en passant sur l’accord de do, avant de retourner en ré mineur.
Une prière
Les instruments s’empilent, le son devient de plus en plus hypnotique, et puis, c’est l’accalmie, à 3’14.
Le rythme s’arrête. le piano s’installe une grille de quatre accords (Dm, Am, C, G). Comme une prière qui s’installe.
Lift me up
Let me go
Difficile de comprendre vraiment la portée de ce soupir :
- lift me up (« élève-moi ») est-il une demande à être rassuré (fais-moi du bien) ?
- let me go (« laisse-moi partir ») exprime-t-il un souhait de mourir ?
La chanson se termine sur cet entremêlement de cette « prière » avec une reprise des paroles entêtantes de la chanson. Le clip, monochrome jusque là, fait apparaitre de plus en plus de couleurs à partir de ce moment-là. Est-ce signe d’espoir, ou de désespoir ? Difficile à dire. La couleur arrive, rouge, vert, orange fusion, tout s’embrase
Le catalyseur ?
Le titre de la chanson joue sur le double sens de catalyst, qui fonctionne aussi en français : le catalyseur est la substance qui déclenche ou accélère une réaction chimique, ce qui s’intègre bien dans le contexte de la physique nucléaire militaire. Au sens figuré, le catalyseur est l’élément qui a provoqué un évènement. La question se pose donc directement : comment en est-on arrivé là ? Quel a été le déclencheur d’une course à l’armement nucléaire ? Et plus philosophiquement, quelle est le catalyseur du mal sur la terre ?
Zoomons un peu sur la strophe la plus intéressante, la deuxième, qui nous fournira aussi un pont vers Dieu.
God save us, everyone
Will we burn inside the fires of a thousand suns
For the sins of our hand, the sins of our tongue
The sins of our fathers, the sins of our young? No!Dieu, sauve-nous, chacun
Nous allons bruler dans le feu de mille soleils
Pour les péchés de nos mains, les péchés de notre langue,
Les péchés de nos pères, les péchés de nos jeunes ? Non !
À qui la faute ?
Mourir à cause d’une faute qui viendrait des autres, c’est insupportable. Le « non ! » scandé en fin de strophe traduit ce cri du cœur. Le clip met en scène le rappeur du groupe Mike Shinoda, sombrement recouvert d’une capuche, ou bien manipulant des boutons depuis une voiture. Comme le mal incarné qui déciderait du malheur des autres depuis sa cabine climatisée.
Mais saluons l’honnêteté de ce texte, qui va plus loin que la simple accusation (parfois facile) des grands de ce monde : nous sommes, quelque part, tous responsables de ce qui nous arrive. Le péché de nos mains, de notre langue, contribue au mal général.
Jésus a eu cette parole très dure, mais très vraie :
C’est pourquoi je vous ai dit que vous mourrez dans vos péchés; car si vous ne croyez pas ce que je suis, vous mourrez dans vos péchés.
— Jean 8:24
Depuis la nuit des temps, l’être humain crée et recrée ses « mille soleils », ses copies de Dieu pour pouvoir mieux se passer de lui. Mais bien souvent, ses créations le dépassent et deviennent alors une menace. C’est là bien le « péché » la fosse que nous creusons tous, et dans laquelle nous tomberons. Pire encore que l’arme nucléaire.
Cela, sauf si… la foi intervient. Comme le dit le verset plus haut, croire qui est Jésus. Et qu’il est venu pour nous libérer de l’oppression, de la menace. Cette menace, on peut en réchapper.
God Bless Us Everyone ! C’est décidément la meilleure personne vers qui nous pouvons nous tourner pour vivre dans la liberté.
Et chacun est concerné.
